Contact presse : Amelia Hinojosa

ameliah@wanadoo.fr

 


Décor de la telenovela " Amarte es mi pecado " Studios Televisa © Stefan Ruiz

Mirarte es mi pecado* : Telenovelas
Photographies de Stefan Ruiz
*Te regarder est mon péché

Mexico City, été 2003. Nous sommes dans les studios de Televisa, chaîne de télévision mexicaine, grande productrice desdites telenovelas, feuilletons à l'eau de rose, très imbibés… Se tourne alors une nouvelle production, Amarte es mi pecado ou " T'aimer est mon péché ". Le titre augure de grands sentiments : amour et haine, vengeance et repentir, tous ingrédients d'une telenovela digne de ce nom. Littéralement roman-télé, la telenovela est l'avatar moderne de son ancêtre le roman-photo, auquel elle emprunte sa mécanique dramatique. Une jeune femme, prédisposée au malheur, cherche la félicité soit amour, gloire et beauté, qu'elle rencontrera après un long parcours semé d'embûches. Serait-il donc possible que nous ayons tous, un jour ou l'autre, notre chance !? Audimat assuré. Los ricos también lloran (Les riches pleurent aussi), telenovela au succès historique, atteint en son temps le record de 200 millions de téléspectateurs. L'engouement dépasse alors largement les frontières mexicaines et latino-américaines, pour gagner de la Russie jusqu'aux Philippines. Car ces grandes espérances sont universelles. Tout comme le langage de la telenovela. Effacer les particularismes pour approcher le stéréotype et s'assurer un plus grand public, une stratégie simple qui permit la conquête de l'Est. Titre, dialogue et jeu des acteurs sont sans détour, pas de place ni de temps pour la nuance. Le fond, comme la forme, est brutal, efficace. L'intrigue se raconte dès les premières minutes : son enjeu se situera non dans le combat entre Bien et Mal mais dans le duel réussite sociale contre déchéance. Un ressort dramatique qui - non accidentellement - trouve quelque résonance au Mexique et en ex-URSS.C'est cette relation, de l'industrie de la telenovela à la société contemporaine, que Stefan Ruiz nous expose. La femme fatale et désargentée ; l'homme aimé, pauvre mais bon ; le mari promis, riche mais fourbe ; le père, autoritaire et phagocytant ; la servante, soumise et aimante ; jusqu'au clochard du voisinage : toute l'échelle sociale est là. Et comme à son habitude, le photographe associe visages et corps à leur environnement. À l'opulence de l'hacienda du bourgeois répond l'abri foutraque du vagabond. Ce que le photographe portraiture là n'est pas la telenovela mais sa fabrique ou, comme Televisa se dénomme communément, " l'usine à rêves ". Son champ s'élargit et apparaissent tour à tour, le technicien, la caméra, les éclairages, puis les décors sur roulettes, et enfin, fabrique dans la fabrique, l'école de la chaîne de télévision. Acteurs en devenir, ils posent dans une fausse chambre à coucher, vêtus de leurs habits personnels. Ils ne tournent pas encore mais ne semblent connaître de gestuelle que jouée. Devant l'appareil du photographe, ils s'imaginent devant la caméra, les reins se creusent, les torses se bombent, les abdomens se contractent. La réalité vacille et succombe à la fiction. En être ou ne pas en être, c'est là leur telenovela. À ce monde de surenchère, Stefan Ruiz applique sa manière distanciée, nul besoin de provoquer l'outrance, elle est partout, il la laisse venir. Et à la lumière de ce regard documentaire, l'univers de carton-pâte prend soudain corps. Les ficelles se découvrent toutes, une à une, jusqu'à ce que l'usine, vue en plongée, révèle toute sa complexité…Une fabrique qui concentre en son sein, autant de clivages que la fiction qu'elle y produit. L'hacienda cossue voit évoluer la riche héritière et sa cuisinière quand le plateau accueille à son actrice star et à son balayeur. Extraits de quelques semaines de tournage intense, d'une telenovela produite en quelques semaines et consommée tout aussi vite, avant que l'on ne passe à une autre...ou presque.

Raphaëlle Stopin

 


La femme fatale, telenovela " Amarte es mi pecado " Studios Televisa © Stefan Ruiz

 


L'Hacienda, décor de la telenovela " Amarte es mi pecado " Studios Televisa © Stefan Ruiz

 


Les servantes, telenovela " Amarte es mi pecado " Studios Televisa © Stefan Ruiz

 


Élève de l'École d'Études Artistiques des Studios Televisa © Stefan Ruiz

 


Le pilote, telenovela " Amarte es mi pecado ", Studios Televisa © Stefan Ruiz