Présentation

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Il faut enlever sa cravate avant de commencer à écrire.
Julio Cortazar

Il est une contrée de la littérature où subsiste un esprit militant, en contradiction ou en opposition face au carcan sévère de sérieux et de lamentation élégiaque dont beaucoup voudraient affubler la création littéraire. Il s'agit d'écrivains convaincus de l'importance du jeu non seulement en tant que plaisir, mais aussi en tant que rituel libérateur. En s'imposant des règles ou des contraintes, l'OuLiPo combat les automatismes et les lieux communs qui sont le lot quotidien de la littérature sans échafaudages.

Nouvelles du Mexique a voulu rendre hommage à ce groupe exceptionnel en rassemblant des articles, des entretiens et des nouvelles d'écrivains aussi bien français que mexicains. Leur lecture est non seulement un rappel des pères fondateurs de ce cercle, des écrivains tels que Raymond Queneau, Italo Calvino, Georges Perec ; elle nous fait également pénétrer dans le monde oulipien d'aujourd'hui représenté par Paul Fournel ou Hervé Letellier, héritiers de cette tradition mais porteurs d'un style propre et inégalable. Précisons-le : l'OuLiPo est un mouvement qui n'appartient ni au passé, ni à l'avant-garde ; c'est un groupe qui se renouvelle au gré des exigences de chacune des générations qui le composent.

Les écrivains sans cravate, les écrivains cronopes ne sont pas légion, et se retrouvent donc bien souvent seuls. Il est important qu'aussi bien les écrivains que les lecteurs partageant la vision oulipienne puissent se rencontrer, et nous espérons y contribuer avec ce numéro.

Les échanges avec notre pays datent de quelques années. L'OuLiPo s'est rendu en 1992 au Mexique où il a organisé un atelier de deux jours au Colegio de San Ildefonso, qui a regroupé plus de quarante participants enchantés, hilares, étonnés par les aspects imprévus de leur plume dévoilés sous le charme des contraintes oulipiennes. Certains membres de l'OuLiPo ont écrit en compagnie d'auteurs mexicains, comme dans Renga, poème écrit à huit mains avec la participation, notamment, de Jacques Roubaud et d'Octavio Paz.

D'autres écrivains ont adopté les techniques oulipiennes ; c'est le cas d'Oscar De la Borbolla, l'auteur de Las vocales malditas ("Les voyelles maudites"), dont nous reproduisons ici une nouvelle écrite avec une seule voyelle, "Los locos somos otro cosmos". Parmi les auteurs oulipiens traduits en espagnol, outre Perec, Calvino et Queneau1, l'on retrouve Paul Fournel, Marcel bénabou, Jacques Roubaud. Nous attendons avec impatience les prochains textes oulipiens dans notre langue, ainsi que l'avènement de nouveaux écrivains de l'irrévérence.

Repères
" Noël Arnaud président -membre fondateur 1960
" Marcel Benabou secrétaire définitivement provisoire 1969
" Jacques Bens membre fondateur 1960
" Claude Berge -membre fondateur 1960
" André Blavier 1960
" Paul Braffort premier membre élu 1961
" Italo Calvino ( décédé) 1974
" François Caradec 1983
" Bernard Cerquiglini 1995
" Ross Chambers 1961
" Stanley Chapman 1961
" Marcel Duchamp ( décédé) 1962
" Jacques Duchateau membre fondateur 1960
" Luc Etienne (décédé) 1969
" Paul Fournel - secrétaire provisoirement définitif 1971
" Anne Garreta 2000
" Michelle Grangaud 1995
" Jacques Jouet 1983
" Latis (décédé) -membre fondateur 1960
" François Le Lionnais (décédé)- président fondateur 1960
" Hervé Le Tellier - trésorier 1992
" Jean Lescure membre fondateur 1960
" Harry Mathews 1974
" Michèle Métail 1975
" Ian Monk 1998
" Oskar Pastior 1994
" Gerges Perec (décédé) 1967
" Raymond Queneau (décédé)- fondateur 1960
" Jean Queval (décédé) 1960
" Pierre Rosenstiehl 1992
" Jacques Roubaud 1966
" Olivier Salon 2000
" Albert-Marie Schmidt (décédé)- membre fondateur 1960


1 Dont Jorge Aguilar Mora a traduit -avec brio- Les Fleurs bleues.

Traduit de l'espagnol (Mexique) par Sophie Gewinner