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Quarante
siècles d'Oulipo
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Chez les oulipiens, une année vaut un siècle. La longue histoire d'un groupe qui, alliant concepts mathématiques et contraintes littéraires, explore les ressources infinies de la langue. " Rats qui ont à construire le labyrinthe dont ils se proposent de sortir ", c'est ainsi que les membres de l'Oulipo ont coutume de se définir(1). Non sans quelque coquetterie. Car la formule, frappante certes, demande à être glosée. Replongeons-nous donc un peu pour cela dans l'histoire. C'est en 1960 que s'est constitué un petit groupe d'amoureux des lettres qui s'est d'abord appelé Séminaire de Littérature Expérimentale (en abrégé Sélitex), avant de se doter du nom d'Ouvroir de Littérature Potentielle (en abrégé Oulipo). L'occasion de cette naissance ? Une décade au château de Cerisy-la-Salle, intitulée Une nouvelle défense et illustration de la langue française, consacrée à l'uvre de Raymond Queneau. Le contexte historique ? Un moment marqué par la remise en question, en littérature, d'une double série d'illusions : celles du surréalisme et celles de l'engagement de type sartrien. Le projet oulipien consacre la rupture avec ces illusions. La charte en a été d'emblée fixée ainsi : " Nous appelons littérature potentielle la recherche de formes, de structures nouvelles et qui pourront être utilisées par les écrivains de la façon qui leur plaira "(2). Sous la houlette de ses deux fondateurs, Raymond Queneau et son complice intellectuel, François Le Lionnais (sans doute le plus prodigieux collectionneur de savoirs de sa génération), le groupe réunit une dizaine de personnages aussi marginaux qu'inventifs : Noël Arnaud, Jacques Bens, Claude Berge, Paul Braffort, Jacques Duchateau, Latis, Jean Lescure, Jean Queval, Albert-Marie Schmidt(3). Amis, admirateurs ou commentateurs de Queneau, ils ont pour particularité d'être soit, comme Le Lionnais, Berge ou Braffort, des mathématiciens fortement attirés par la littérature, soit, comme Queneau lui-même, des écrivains souhaitant accentuer les liens de la littérature avec les mathématiques. Grâce à l'ardeur et à l'assiduité des uns et des autres, qui se retrouvent une fois par mois et travaillent dans la bonne humeur et dans une certaine discrétion (car l'Oulipo, quoique rapidement rattaché au Collège de 'Pataphysique, s'est voulu d'abord société secrète), le groupe délimite son domaine d'activité et définit ses principes. Il refuse d'emblée de se donner l'étiquette de mouvement littéraire. Rien à voir, donc, avec ces soi-disant avant-gardes qui périodiquement viennent imposer leurs dogmes en prétendant faire table rase du passé ; Queneau avait quelques raisons personnelles de se défier de ce genre de mouvement, qui vire assez rapidement à la secte avant de sombrer dans la brouille ou dans la magouille. Le nouveau groupe marque tout aussi nettement sa distance par rapport à ce qui se faisait à cette époque sous le nom de littérature aléatoire (notamment autour de Max Bense à Stuttgart), et cette défiance à l'égard du hasard restera l'un de ses traits distinctifs. Claude Berge émit sur ce point une sentence vigoureuse et toujours d'actualité : " l'Oulipo, c'est l'anti-hasard ". Ces hypothèques levées, une définition plus positive du projet se fait jour. Modèle retenu : Bourbaki, cette petite bande normaliens qui, dans les années trente, avaient entrepris de donner un " fondement solide " aux mathématiques. De fait, trois traits au moins apparentent Oulipiens et Bourbakistes : - le caractère collectif de leur travail ; - la volonté d'embrasser dans sa totalité un champ donné (mathèmatique pour Bourbaki, littéraire pour l'Oulipo) ;-l'utilisation d'un utile stratégique privilégié (pour Bourbaki, la méthode axiomatique ; pour l'Oulipo, la contrainte). Le projet de l'ouvroir va consister en une tentative d'exploration méthodique, systématique, des potentialités de la littérature, ou plus généralement de la langue. Pour mener à bien cette exploration, l'Oulipo s'assigne deux types de tâches. La première est d'inventer des structures, des formes ou de contraintes nouvelles, susceptibles de permettre la production d'uvres originales. Dans cette recherche, l'importation de concepts mathématiques, l'utilisation des ressources de la combinatoire (dont Queneau avait donné, l'année même de la naissance de l'Oulipo, un exemple déterminant avec ses Cent mille milliards des poèmes) sont les instruments principaux. Cet appel à la science fait l'une des originalités du groupe, et explique la composition de l'Oulipo, marquées de l'origine, on l'a vu, par la présence conjointe, et la collaboration étroite, de " littéraires " et de " mathématiciens ". La seconde tâche est de travailler sur des uvres littéraires passées pour y retrouver les traces (parfois évidentes, parfois plus difficiles à déceler) de l'utilisation de structures, formes ou contraintes. C'est cette recherche qui nourrit, lors des réunions, la rubrique " érudition ", consacrée à ceux que les oulipiens appellent " des plagiaires par anticipation " : entre autres, les poètes alexandrins, les grands Rhétoriqueurs (surtout Jean Molinet, Guillaume Crétin et Jean Meschinot), certains poètes baroques allemands comme Quirinus Kuhlmann, l'ensemble des formalistes russes et notamment Khlebnikov, ainsi que des écrivains comme Raymond Roussel ou Robert Desnos. Du bon usage de la contrainte. Au cur de la démarche oulipienne, donc, trône très tôt la contrainte. Une notion qui n'a pas toujours bonne presse. Tous ceux qui adhèrent (souvent sans en être conscients) aux conceptions romantiques du " génie créateur " et de " l'inspiration ", tous ceux pour qui la qualité d'un écrit réside dans sa " sincérité ", son " authenticité ", s'en défient comme d'une étrange lubie. Ils n'y voient qu'un jeu, ingénieux parfois, mais tout juste bon à celer, chez quelques acrobates du langage, le creux de la pensée ou le sec des sentiments. Procès fort ancien : " c'est une honte de s'adonner à ces bagatelles difficiles et il est bien sot le travail que coûtent ce vétilles ", grognait déjà en latin le poète Martial, réagissant rageusement contre les modes littéraires de son temps. " Bagatelles difficiles ", difficiles nugae : l'expression a fait mouche. Pourtant, certains contraintes (anagrammes, chronogrammes, palindromes, lipogrammes, et j'en passe) ont un caractère d'universalité qui devrait les préserver d'un jugement si désinvolte. Leur ancienneté, leur persistance, leur récurrence dans l'ensemble des littératures de l'Orient comme de l'Occident, son des faits qu'on ne peut plus feindre d'ignorer (4) C'est qu'à vrai dire on ne conçoit guère une poétique qui ne s'appuie pas sur des règles plus ou moins rigoureuses. Parmi les écrivains, même les moins suspects de formalisme admettent qu'il est des exigences auxquelles une uvre peut difficilement se soustraire. Pour beaucoup cependant le point d'achoppement se situe précisément là, dans le passage de la règle à la contrainte. Prêts à dire oui à la règle, ils disent non à la contrainte : règle non nécessaire, celle-ci ne relève à leurs yeux que du procédé, donc de l'outrance. C'est cette frontière, tout arbitraire, que la pratique oulipienne a récusée. L'on sait, au moins depuis Mallarmé, que le langage peut et doit être traité comme un objet en soi, envisagé dans sa matérialité : il apparaît alors comme un système complexe, à l'intérieur duquel sont à l'uvre divers éléments dont les combinaisons produisent des mots, des phares, des vers, des paragraphes ou des chapitres. Rien ne devrait donc interdire, dans le cadre d'une recherche expérimentale, de soumettre chacun de ces éléments à certaines opérations, à certaines manipulations, et d'en étudier le résultat, Mallarmé lui-même avait donné l'exemple : " il a rêvé d'une poésie qui fût comme déduite de l'ensemble des propriétés et des caractères du langage "(5). On voit alors quel rôle est dévolu à la contrainte dans un tel contexte : contraindre le système qu'est le langage à sortir de son fonctionnement routinier. Par là même, le forcer à rendre gorge, à révéler ses ressources cachées. Tous ces interdits auxquels on se soumet, tous ces obstacles que l'on se crée en jouant, par exemple, sur la nature, l'ordre, ou le nombre des lettres, des syllabes ou des mots (c'est là que nous retrouvons les rats et le labyrinthe de notre définition de départ), prennent alors leur véritable sens. Exhibition de virtuosité ? Nullement. Bien plutôt, exploration de virtualités. Ainsi
apparaît le paradoxe, maintes fois signalé, de la contrainte
linguistique : loin de bloquer l'imagination, ses exigences arbitraires
l'éveillent, la stimulent, lui permettant d'ignorer toutes ces
autres contraintes qui, ne relevant pas du langage, échappent plus
aisément au contrôle. Michel Leiris, à propos de Raymond
Roussel et de ses méthodes, n'hésitait pas à parler
d'une véritable " levée de la censure ", qui s'opère
mieux par ce moyen que par ceux de l'écriture automatique. Du coup,
la notion même d'inspiration se trouve remise en question. "
Il faut affirmer, proclame Queneau, que le poète n'est jamais inspiré,
(
) Il n'est jamais inspiré parce qu'il l'est sans cesse,
parce que les puissances de la poésie sont toujours à sa
disposition, sujettes à sa volonté, soumises à son
activité propre "(6). Elargissements. Notons d'abord qu'il a eu le souci de s'ouvrir, de s'élargir, même si le rythme de cet élargissement a su garder une très sage lenteur. Cela a commencé seulement en 1966, avec l'appel fait par Queneau au poète mathématicien Jacques Roubaud, incarnation parfaite du Janus oulipien. Au noyau des fondateurs sont donc venus se joindre, par cooptation successive, de nouveaux membres, une vingtaine environ. Par ordre d'entrée en scène : Jacques Roubaud (1966), Georges Perec (1967), Marcel Bénabou, Luc Etienne (1969), Paul Fournel (1971), Harry Mathews, Italo Calvino (1973), Michèle Métail (1975), François Caradec, Jacques Jouet (1983), Pierre Rosenstiehl, Hervé Le Tellier (1992), Oskar Pastior (1994), Michelle Grangaud, Bernard Cerquiglini (1995), Ian Monk (1998), Olivier Salon, Anne Garreta (2000). Il s'agit, on le voit, de personnalités fort diverses (hommes ou femmes, jeunes ou moins jeunes, français ou étrangers, écrivains ou mathématiciens, connues ou inconnues), mais unies par quelques traits communs : l'intérêt pour l'écriture sous contrainte, le goût du partage et de la convivialité, une certaine forme d'humour. Grâce à l'intégration de ces nouveaux membres, le groupe, sorti désormais de son extrême discrétion initiale (notamment depuis la publication des Entretiens de Queneau avec Georges Charbonnier), a pu avancer dans la réalisation d'une partie au moins de son ambitieux programme, tant en matière de création que d'érudition. Des pistes multiples ont été empruntées, comme en font foi les nombreux fascicules de la Bibliothèque oulipienne (près de 120 à ce jour), où les Oulipiens, individuellement ou collectivement, présentent leurs nouvelles réalisations(8). Se sont même par moments esquissées les grandes lignes d'une sorte de " division du travail ", sans que pour autant soit remis en question le principe fondamental du partage. C'est cette dialectique subtile, faite à la fois d'invention individuelle et d'effervescence collective, qui a permis aux Oulipiens de cultiver, dans le vaste domaine du langage, la quasi-totalité des champs potentiels. Champ du " théorique " d'abord. A mesure que proliféraient les propositions de contraintes, que se multipliaient les découvertes de plagiats par anticipation(9), que s'affinaient les moyens d'analyse linguistique, se faisait aussi plus pressant le besoin d'y voir clair. D'où les efforts pour tenter d'organiser en un système cohérent l'ensemble des contraintes connues. C'est à l'esprit encyclopédique de Queneau qu'est due, en 1974, la première de ces tentatives : deux tables, l'une consacrée aux objets linguistiques, l'autre aux objets sémantiques, qui furent aussitôt baptisées " tables de Queneleieff "(10). Ce travail fondateur fut plusieurs fois repris, notamment par François Le Lionnais, dans son très fameux Troisième Manifeste, qui de surcroît, grâce à l'importation massive de concepts empruntés aux mathématiques modernes, ouvrait aussi la voie à une infinité de contraintes possibles. Car la création est bien entendue restée au premier plan des préoccupations oulipiennes. Plusieurs filons ont été explorés. D'abord le plus simple : trouver des applications nouvelles, voire des formes nouvelles, pour des contraintes anciennes. Quelques exemples, parmi les plus significatifs. Le S+7 lescurien(11) a connu grâce à Calvino, Jouet et Caradec, des développements inattendus(12). La pratique du prélèvement, utilisée par Queneau dans ses exercices d'haïkaisation(13), a fourni au moins deux extensions : avec Jacques Roubaud, qui a mis au point une méthode pour ramener " à des dimensions raisonnables " des textes anciens, et l'a appliquée à la tragédie de Monsieur Le Royer de Prade intitulée Arsace(14) ; avec Michelle Grangaud, qui a proposé les procédés de l'avion(15) et du poème fondu(16). Notons au passage que l'inverse du prélèvement, à savoir l'amplification, a donné naissance à la technique du " tireur à la ligne " qui, à partir de deux phrases données, permet, par insertions successives, de gonfler un texte jusqu'à la taille souhaitée(17). Une autre technique quenienne, celle qui plus tard baptisée " transduction "(18), a été reprise par Paul Braffort(19), tandis qu'Hervé Le Tellier situait ses variation sur la Joconde(20) dans le droit-fil des Exercices de style. Rappelons enfin que d'antiques contraintes ont été reprises : celle du chronogramme par Harry Mathews(21), celle du palindrome, qui a été étendu par Perec aux syllabes, par Luc Etienne aux phonèmes(22), par Michelle Grangaud aux mots(23). Un domaine important continue d'être exploré, celui des contraintes " littérales ". Ce fut le domaine de prédilection de Perec, qui produisit quelques-unes de ses uvres, romanesques ou poétiques, en travaillant sur les lettres, sur leur présence, leur absence, leur répétition, leur ordre d'apparition dans les mots, ou même leur forme. Exploitant de toutes les façons possibles les ressources d'alphabets volontairement restreints, il enrichit le corpus oulipien d'une remarquable série : lipogrammes, monovocalismes (en e en a, en o), Ephitalames, Beaux présents(24), hétérogrammes(25). Dans cette lignée, nous trouvons Michèle Métail avec ses poèmes oligogrammes(26), Michelle Grangaud qui a renouvelé complètement l'anagamme(27), Hervé Le Teiller qui a introduit les nouvelles abécédaires(28), et réfléchi sur le vent de la langue(29), Ian Monk qui a initié la série des " Fractales " et proposé une forme poétique fondée sur le nombre des lettres des mots à l'intérieur du vers(30). Autre filon, celui des formes fixes, à l'intérieur duquel trois directions principales sont apparues. -Certains se sont essayés à créer de nouvelles formes. Queneau avait ainsi introduit en 1974 la " morale élémentaire ", sur laquelle les Oulipiens, individuellement ou collectivement, ont multiplié les variations(31). Jacques Jouet a imaginé la redonde(32), le poème de métro(33) ainsi que le monostique paysager.- D'autres ont préféré la reprise et l'extension de formes anciennes. Un travail collectif de longue haleine, entamé par Raymond Queneau, continué par Jacques Roubaud, Harry Mathews, Oskar Pastior, Ian Monk, a porté sur la " sextine " et sa généralisation, que les oulipiens ont baptisée " quenine "(34). Michelle Grangaud a combiné le principe de la sextine et celui de l'anagramme pour mettre au point la " sexanagrammatine ". D'autres enfin (parfois les mêmes) ont cherché à étendre l'usage de formes fixes à d'autres domaines que celui de la poésie. Deux exemples : Perec, dans La Vie mode d'emploi, utilise ce qu'il appelle une " pseudo-quenine d'ordre dix " comme une des matrices de son roman(35) ; Roubaud qui utilise la sextine comme structure de base de la série de ses romans construits autour du personnage de La Belle Hortense. On peut ajouter à cela quelques autres pistes qui se sont révélées particulièrement fécondes. Les expression toutes faites ou collocations, sur lesquelles a travaillé Michèle Métail, et plus généralement ce que Robert Desnos avait nommé " langage cuit " (dont les Oulipiens ont étendu le champ jusqu'aux citations familières au aux titres de livres ou de films), sur lequel Harry Mathews, François Caradec, Paul Braffort, Hervé Le Tellier et moi-même avons fait porter notre effort, ont permis de multiplier les exercices de création, notamment par la pratique systématique du recyclage ou de la greffe(36). Un mot aussi sur les tentatives dites " d'Oulipo sémantique " - contraintes qui portent non sur des éléments verbaux, mais sur des " objets sémantiques " (sentiments, sensations, personnages, situations) : elles sont présentes dans nombre d'uvres romanesques oulipiennes : chez Perec dans La Vie mode d'emploi(37), Harry Mathews dans Cigarrettes, ou encore dans mon Jette ce livre avant qu'il soit trop tard, Certes, il serait exagéré de prétendre, à partir de là, qu'il y aurait désormais une formule littéraire spécifique qui serait le " roman oulipien ", mais on peut affirmer l'existence de ce qu'il faudrait plutôt appeler " le roman d'oulipien ", dont le principe, toujours actif dans la plupart des productions de Jacques Roubaud, de Jacques Bens, de Paul Fournel, de Jacques Jouet, d'Anne Garreta se trouve dans une déclaration ancienne de Queneau : " Je me suis fixé des règles aussi strictes que celles du sonnet. Les personnages n'apparaissent pas et ne disparaissent pas par hasard, de même les lieux, les différents modes d'expression "(38). Du coup, même l'autobiographie est devenue pour les Oulipiens terrain d'exploration. Comment mettre la contrainte, les jeux de langage, au service de l'écriture de soi, c'est un problème que Georges Perec avait traité à sa façon, et se trouve à nouveau posé dans des ouvrages comme Pourquoi je n'ai écrit aucun de mes livres, ou la série de Jacques Roubaud, commencée avec Le Grand Incendie de Londres, et qui s'est poursuivie avec La Boucle, Mathématique :, Poésie :. Conclusions. Conséquence de cette série d'élargissement (encore n'en avons-nous rappelé que quelques exemples), le statut public de l'Oulipo s'est considérablement modifié. Une modification dont les signes les plus visibles sont : -la multiplication des essais et des travaux universitaires, français ou étrangers(39) sur le groupe, ainsi que des traductions de tout ou partie des travaux oulipiens(40) -la fréquence croissante, dans la critique, des références à l'approche oulipienne de l'activité littéraire(41) - l'affluence aux activités publiques du groupe, notamment, les séances mensuelles de lecture dans le grand amphithéâtre de l'Université Paris 7 ; - la floraison d'associations surs, créées avec la participation d'oulipiens comme ALAMO (Atelier de Littérature Assistée par la Mathématique et les Ordinateurs), ou directement inspirées du modèle oulipien(42) ; -enfin, le recours massif aux exercices oulipiens aussi bien dans les " ateliers d'écriture " que dans les manuels d'enseignement du français, de l'école maternelle à l'université. Ainsi se réalise, et bien au-delà des attentes de son auteur même la judicieuse prédiction de Raymond Queneau : " Puisqu'il n'y a plus d'espoir de ressusciter le thème latin, ce merveilleux exercice qui faisait le pont entre la dissertation française et le problème de géométrie, peut-être cette fonction pourrait-elle être remplie par les travaux oulipiens de littérature potentielle "(43). Texte publié par Magazine littéraire n° 398, mai 2001. www.magazine-litteraire.com (1) OULIPO, La littérature potentielle,
Créations, re-créations, recréations, Gallimard,1re
édition, 1973 ; 2e édition 1988, p. 36 ; elle figure, comme
création collective, au compte-rendu de la réunion du 17
avril 1961 : voir J. Bens, ou li po 1960-1963, Bourgois, 1980, p. 43. |
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