| El
crimen del padre Amaro Marianne Millon |
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Écrit en 1875 par José María Eça de Queiroz, écrivain réaliste portugais né à Varzim en 1845 et mort à Paris en 1900, son roman Le crime du père Amaro, (1875), vient d'être adapté au cinéma par Vicente Leñero pour le réalisateur Carlos Carrera. Sorti au Mexique en août, le film déclenche plus d'un siècle plus tard une polémique d'une ampleur comparable à celle qu'avait provoquée le livre en son temps, la raison principale en étant la dénonciation féroce de l'hypocrisie de la société qui ferme les yeux sur les nombreux abus de l'Église. Le résultat paradoxal étant que, malgré la demande d'interdiction dont il a fait l'objet de la part des ligues qui s'érigent en représentants inconditionnels de l'ordre moral, particulièrement Pro-vida, le film est finalement distribué dans deux fois plus de salles que ce qui avait été prévu et les files d'attente sont en progression constante. Fraîchement émoulu du séminaire, le jeune père Amaro (Gael García Bernal, jeune acteur déjà aperçu dans Amores perros et Y tu mamá también, extrêmement convainquant), est envoyé exercer son ministère à Los Reyes, petit village de la province mexicaine, sous la tutelle du père Benito (Sancho Gracia). Après une scène d'ouverture qui fait écho à la violence évoquée dans Amores perros, pendant laquelle le jeune prêtre et tous les voyageurs de l'autocar dans lequel il a pris place se font détrousser par de très jeunes gens, sous la menace d'une arme à feu. Dès son arrivée au village, le père Amaro découvre que le père Benito entretient une relation coupable avec une de ses paroissiennes, veuve, la Sanjuanera (Angélica Aragón), sans aucun sentiment de culpabilité ou de remords. L'ironie du sort voudra que le jeune homme tombe à son tour amoureux... de la fille de la veuve, Amelia (Ana Claudia Talancón, juste de bout en bout), qui fait le catéchisme aux enfants de la paroisse et se destine à devenir religieuse, insatisfaite de sa relation avec son fiancé, un jeune journaliste local. Mais pour le père Amaro, de même que pour son aîné, il n'est pas question que cette relation entrave son ministère ni ses projets d'ascension dans la hiérarchie catholique. Et lorsqu'il devra choisir, il n'hésitera pas une seconde à sacrifier la jeune fille à sa <carrière>, ce qui constitue là son véritable crime. Il la contraindra donc à avorter, laissera courir le bruit que le père de l'enfant était le jeune journaliste, et célèbrera la messe d'enterrement de la jeune fille qui ne survivra pas à l'avortement. Adaptation à l'époque et au contexte mexicain oblige, le scénariste a créé le personnage du père Natalio (Damián Alcázar), apôtre de la théologie de la libération que sa hiérarchie excommunie en raison de ses convictions zapatistes. Un autre personnage créé de toutes pièces intervient également, Chato Aguilar, narco trafiquant qui s'assure le silence du maire (Pedro Armendariz) et du père Benito car il blanchit l'argent de la drogue en finançant la construction d'un hôpital qui faisait cruellement défaut à la commune. Mensonge, hypocrisie, volonté de pouvoir, conflits d'intérêts, le roman d'Eça de Queiroz revisité est plus que jamais d'actualité et nous laisse un goût de cendres dans la bouche. |
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