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Surréaliste
Péruvien : César Moro Mónica Quijano
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Lorsqu'on pense aux rapports entre le surréalisme et l'Amérique latine, plusieurs références viennent à l'esprit: le voyage de Breton au Mexique, le pèlerinage d'Artaud dans la sierra Taraumaura, l'aventure chilienne de La mandrágora, l'amitié de Paz et de Breton après la guerre, et César Moro. En effet, il semble difficil d'envisager le surréalisme latinoaméricain sans songer à ce poète qui a toujours eu un sentiment d'étrangeté dans son Pérou natal. Parfois la patrie ne réside pas à l'endroit où le destin nous fait naître ; elle est ailleurs. Moro en est l'exemple. Les neuf années qu'il séjourna à Paris marquèrent profondément sa vie. A vingt-deux ans, désireux d'exposer son oeuvre plastique, il quitte Lima et s'embarque vers l'Europe. En 1929, il fait la connaissance de Breton et participe aux réunions des surréalistes. C'est le temps du Deuxième Manifeste Surréaliste, du rapprochement de Breton avec le Parti Communiste et, par conséquent, du mélange de l'activisme politique avec les méthodes de l'écriture automatique. Cette rencontre est fondamentale pour Moro car elle lui permet de développer sa veine poétique et d'adopter la langue française pour exprimer sa poésie. A l'instar de Paz quelques années plus tard, Moro participe activement avant la guerre au groupe surréaliste. Pendant son séjour à Paris, il publie "Renommée de l'amour" dans les numéros 5-6 de la revue Le Surréalisme au service de la Révolution. Il collabore aussi à l'ouvrage Violette Nozières en 1933, peu avant son retour à Lima. Cet hommage collectif à la jeune parricide était une plaquette qui se composait, entre autres, de poèmes d'André Breton, de René Char, de Paul Éluard, de César Moro et de Benjamin Péret. Des illustrations de Dali, Tanguy, Giacometti et Magritte s'y trouvaient aussi. A son retour à Lima, Moro conserve ses attaches au groupe. En 1935 il expose quelques dessins et collages. En 1938, il crée avec Emilio A. Westphalen la revue El uso de la palabra, dont seul le premier numéro paraît. Cette année-là, à cause des événements politiques, l'artiste péruvien s'exile au Mexique où il séjourne jusqu'à la fin des années 40. Le cas de Moro a une place spéciale dans la littérature latino-américaine de sa génération : malgré son retour au Pérou et son exil au Mexique, il a continué d'écrire en français. Cette condition de double exil, géographique et linguistique, fait de lui un poète des rivages, du déracinement. Moro organise avec le peintre Wolfgang Paalen l'Exposition Internationale du Surréalisme au Mexique, et écrit la préface du catalogue. Il collabore à El Hijo Pródigo et au Dyn, fondée par Paalen en 1942. L'étape mexicaine est pour Moro la période du receuillement. Celle-ci trouvera son épanouissement à son retour au Pérou. En 1948, Moro revient à Lima où il décide de s'adonner entièrement à l'ecriture et à la peinture sans se manifester publiquement. Pendant ces années, il donne des cours de francais au Colegio Militar Leoncio Prado. A la même époque, un jeune homme qui revait d'être écrivain rentre au Colegio sous les ordres de son père afin de freiner ses prétentions créatives. Ce jeune homme s'appelle Mario Vargas Llosa et Moro devient son professeur. Plus tard, Moro sert de modèle à un personnage de La ciudad y los perros. "Il était petit et très mince" écrit Vargas Llosa dans El pez en el agua, "cheveux clairs, dégarni et des yeux bleus qui regardaient le monde et les gens, avec une légère lumière ironique au fond des pupilles." La retraite loin de la vie publique s'est traduite dans sa production poétique. Jusqu'à 1956, date de sa mort, Moro n'avait publié que trois recueils de poésie en français, un livre, Le Château Grisou (1943), et deux plaquettes Lettre d'Amour (1944) et Trafalgar Square (1954). Le poète français, André Coyné, ami et exécuteur testamentaire de Moro, hérite la mission d'éditer les divers ouvrages et poèmes parsemés que le poète péruvien a laissés. La mort de Moro donne lieu progressivement à la reconnaissance de son oeuvre. Cependant, la publication de ses poèmes se heurte aux réticences des maisons d'édition. Elles ne veulent pas publier un péruvien qui a écrit en français. En France, personne ne voulait l'éditer parce qu'il n'était pas français; à Lima, il fallait traduire ses poèmes Les deux premiers livres de Moro se publicrent grâce à la vente d'une série de pastels que le poète avait peints une année avant sa mort. Avec les fonds réunis, Coyné réussit à éditer, d'un côté, la poésie en espagnol sous le titre La Tortuga Ecuestre y Otros Poemas (Lima, 1957), et de l'autre, Amour à Mort et Poèmes 1948-1955 (París, 1957). Le livre publié en France a un certain impact. Après la lecture de celui-ci, Benjamin Péret décide d'insérer quelques poèmes de Moro dans une anthologie du surréalisme que préparait une maison d'édition italienne: La Poesia Surrealista Francese. De plus, à la suite de Amour à Mort, le critique Jean-Jaques Lévêque demande des peintures de Moro à Coyné afin de les exposer dans "Le soleil dans la tête", une galerie d'art parisienne. Aussi, le livre qui se publia grâce aux peintures contribua-t-il à faire exposer l'oeuvre picturale de Moro à Paris. L'édition espagnole eut moins de chance. Pour des raisons personnelles, Coyné quitta le Pérou sans réussir à se procurer les livres de l'imprimerie. Il apprit plus tard que la caisse où se trouvaient la plupart des exemplaires s'égara. Seuls les ouvrages destinés aux abonnés et ceux placés en librairie furent sauvés. Le livre fut réédité quelques années plus tard par Julio Ortega dans une compilation intitulée Palabra de escándalo (1974). Pourtant, l'édition de La tortuga ecuestre publiée à Lima, ne fut pas le seul ouvrage de Moro qui disparut. André Coyné se souvient qu'il fut intrigué par le fait de ne trouver aucun poème écrit entre 1930 et 1933 parmi les originaux que Moro lui avait laissés. En runinant l'affaire, une pensée resurgit: Moro lui avait raconté que pendant un voyage, Paul Éluard avait perdu l'unique copie de son premier cahier de poésie. Afin d'approfondir l'anecdote, Coyné vérifia la correspondance de Moro. Parmi d'autres lettres, il en trouva une rédigée en avril 1932 par Paul Éluard où ce dernier lui faisait savoir "qu'il [était] entrain de lire et de relire les admirables poèmes du premier cahier qu'[il lui avait] confiés1". Malheureusement, Éluard perdu le cahier pendant le voyage où il écrivit la lettre. Moro
fut un poète surréaliste dans les deux sens du terme : d'abord
parce qu'il participa au mouvement historique du groupe de Breton. Ensuite,
parce que sa poésie est traversée par ce courant artistique,
par le surréalisme que Julien Gracq nomma "surréalisme
sans âge". Moro élut une patrie intime, la langue, où
il put expérimenter jusqu'à la dernière limite des
possibilités de rupture et de jeu poétique. Dès qu'il
se sent déraciné, étranger à la ville de Lima
- qu'il qualifia "d'horrible" dans un vers Moro re-crée
dans son univers une place distincte : un lieu personnel composé
de géographies, de lumières et de rêves hibrides ;
un endroit qu'il décida de partager avec nous dans ses livres.
1 André Coyné, " Ahora al medio siglo ", in César Moro, Ces poèmes, Libros Maina, Madrid, 1987, p. 78.
Traduit de l'espagnol par René Palacios |
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