Texte Irene Herner

Texte Larisa Escobedo

 


Mariana Gullco © 2005
Desechos orgánicos
Installation


Pedro Reyes © 2005
Sombrero colectivo
Installation


Dianne Pearce © 2005
Calladito te ves más bonito
Installation


Alex Dorfsman © 2004
It's almost real, isn't it?
Impression chromogène


Ilán Lieberman © 2003-2005
Parque México
Photographie


Terence Gower © 2004
Ciudad Moderna
Vidéo


Yoshua Okon © 2004
Lago Bolsena
Vidéo


Ximena Cuevas © 2003
Cinépolis la capital del cine
Vidéo


Máximo González © 2005
Sub Conjunto
Installation

Le Mexique a toujours joué un rôle de premier ordre dans l’imaginaire de la modernité. Aux yeux de l’Occident, il est l’une des représentations de l’Autre, de l’éternel exotique, du « différ-ent » par excellence. L’idée centrale de cette exposition est de réviser les modèles de l’exotique, du tropical et du coloré en tant qu’attentes des étrangers par rapport à la « mexicanité », et donc de mettre au jour les voies étroites par lesquelles notre art peut accéder au mainstream.

Le titre de cette exposition, América tropical, rend hommage à un mural peint en 1932 par David Alfaro Siqueiros à Los Angeles, aux Etats-Unis. Pour répondre aux attentes du commanditaire, qui voulait une oeuvre représentant l’« Amérique tropicale », le célèbre muraliste recouvrit le mur d’une végétation luxuriante, de ruines préhispaniques, et de tout ce qui pouvait correspondre aux attentes des touristes des pays développés – un tropique torride et innocent. Il laissa néanmoins au centre de la fresque un espace blanc. La veille de l’inauguration, il travailla seul toute la nuit après avoir congédié ses compagnons. Une surprise les attendait : cet espace, il l’avait destiné à l’image d’un indien crucifié et pris dans les serres d’un aigle, symbole de l’impérialisme yankee. Il introduisait de la sorte un élément critique au coeur même de la vision idyllique.

L'intérêt ici, en plus de reprendre le contenu idéologique du mural de Siqueiros, est de repenser l'acte par lequel Siqueiros parvint à modifier in extremis la lecture de son oeuvre. Les artistes présents dans cette exposition jouent avec l’iconographie traditionnelle, qui tend à assimiler la création mexicaine à une sorte de fièvre tropicale. Chacune des pièces exhibées s’accompagne d’un effet de surprise, en ce qu’elles permettent au moins une double lecture. Pour ce qui est du côté esthétique, ces travaux séduisent par leurs couleurs et leur facture, lesquelles nous rappellent l’artisanat mexicain si prisé par les étrangers. Pourtant, si notre choix s’est porté sur ces artistes, c’est précisément parce que, d’une façon ou d’une autre, ils sont parvenus à assimiler puis à dépasser cet héritage, de façon ouverte, voire inquiétante pour certains cas. Cette exposition rassemble ainsi des travaux critiques, mais pas dénués pour autant de beauté, de couleur, de sensualité, de tropiques et de surréalisme : un exotisme revisité.

Itala Schmelz / Commissaire de l’exposition